Blocus confiné?

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Blocus confiné?

Publié le 07/01/2021
Article rédigé par
Anne-Françoise Meulemans

Cette période de l'année semble voir le temps s'arrêter. Le gel fige les arbres, les plantes dans une brouillard épais, semblable à l'engourdissement de la vie dans nos villes , causé par l'épidémie.

Chaque année, le mois de janvier sonne le glas des examens, après quelques mois de 'Zone rouge' pour l'enseignement.

Depuis quelques mois, bientôt presque une année, le déroulement des cours est chamboulé.

Les cours se sont faits en vidéoconférence, les examens, en présentiel ou en vidéo..., plus de sorties, plus de ciné,

Au début, l'épidémie a surpris tout le monde comme un tsunami, avec une sidération dans un premier temps et ensuite une acceptation bienveillante d' un certain chaos.

Pour le premier confinement, le temps était au printemps, au soleil. Il avait, pour certains, un petit goût de vacances inattendues.

Puis la Covid s'est installée. Elle, qui ne devait durer que quelques semaines.

On commençait à parler dune deuxième vague, et on prenait conscience progressivement d'une certaine gravité qui écrasait les envies, les échappées, les distractions habituelles.

Il fallait, il faut s'adapter, rebondir, s'habituer ou plutôt créer de nouvelles habitudes.

C'est le grand chambardement: les cours, les travaux pratiques, les évaluations, les sorties, les rencontres, les guindailles, les bleusailles, les moments de détente: tout est bousculé.

L'enseignement se décline maintenant en présentiel ou en vidéoconférence. Les étudiants s'y font tant bien que mal. Les changements sont à géométrie variable: devant l'informatique, ils ne sont pas tous égaux.

Les autodidactes s'en sortent bien , ils développent leur autonomie.

Mais pour la majorité, l'absence ou le manque de structure est une épreuve supplémentaire. Il n'y a plus d' exosquelette, et l'endosquelette n'est pas au rdv.

Ils n'ont pas été préparés, et le système scolaire non plus.

Et puis, surtout pour les étudiants, l'isolement et la solitude sont une réelle souffrance. Ils ont un besoin viscéral de relations, d'échanges, de rencontres.

Un besoin de quitter le nid familial, de s'en éloigner , de créer des liens et de se construire de ces nouvelles relations.

La limitation drastique des rencontres, l'interdiction des fêtes est nettement plus difficile à vivre que dans d'autres tranches de la population.

Le blocus au creux de cet hiver dans un climat incertain est une pression supplémentaire .

Les examens seront-ils bien en présentiel? Vaccination? Troisième vague? Un retour à la normale? Pour quand? Besoin de décompresser, de lâcher prise, besoin de débloquer, de se retrouver, de se rassembler, besoin de folie, de s'éclater, de se dépasser.

A l'heure où tout n'est pas permis, les rencontres virtuelles se révèlent indispensables, les sentiers sont envahis de promeneurs, de joggeurs, les bibliothèques se remplissent d'étudiants.

Les plaintes de dépression jusqu'aux décompensations psychiatriques qui aboutissent en consultation ou aux urgences psychiatriques se multiplient chez les jeunes.

Les contraintes, les restrictions, les couvre-feux, les limitations, la notion de bulle, le manque de perspective et la solitude ne font pas un bon cocktail.

Car pour certains étudiants, le stress des examens, les cours en virtuel , la solitude du blocus, l'absence de fêtes de famille traditionnelles, les journées plus grises et plus courtes, et....c'est trop.

Les proches sont des alliés indispensables, pour reconnaitre ces difficultés, ces mal-êtres.

Il suffit parfois d'une écoute, d'une simple présence, d'un regard bienveillant.

Mais une aide supplémentaire peut être nécessaire pour accompagner ces moments de trop grande fragilité où la souffrance n'est plus supportable.

Une crise, une épidémie peut amener le pire comme le meilleur et nous demande une vigilance de chaque instant, afin de reconnaître, d'accompagner les changements positifs, et de contrer les effets collatéraux.

Dans l'après Covid, on reconnaîtra les avantages à court, moyen et long terme de ce nouveau type d'enseignement qui intègre le présentiel et le virtuel: autonomisation, adaptation au rythme de chacun, gain de temps, enseignement plus adapté aux autodidactes, aux personnes qui ont des difficulté à assister aux cours en présentiel, que ce soit pour des raisons de handicap, de difficulté de transport, d'activité professionnelle, ou de jobs d'étudiants.

Une meilleure qualité d'enseignement, car les enseignants en présentiel ne sont pas tous de grands orateurs, loin de là, et l'absence de présentiel est pour certains cours une bénédiction pour les étudiants.

On retiendra que l'enseignement à distance et l'enseignement en présentiel peuvent être complémentaires.

L'une et l'autre forme a ses avantages et ses inconvénients. Les jugements sans nuance s'assimilent plus à des préjugés.

Il n'y a pas UNE bonne manière d'enseigner, UN bon cadre d'enseignement.

L'enseignement est bon quand il s'ouvre au plus grand nombre, et à des profils très différents d'étudiants.

L'enseignement de l'après Covid ne sera plus tout à fait le même. Il aura fait en quelques mois des progrès qui auraient pris en d'autres temps des années.

L'épidémie nous rappelle, encore une fois, par la privation imposée, la nécessité de l'autre, de l'altérité dans notre vie, l'importance des échanges et des rencontres, le besoin de frotter nos solitudes et d'être solidaire. Cette épidémie a été une révélateur ( un de plus) de toutes les inégalités.

Et là-dessus, nous avons tout pouvoir, et toute responsabilité.